PRESSE

Interview VAR-MATIN du 17 novembre 2014 - extrait du dossier EHPAD

"Si l’accompagnement des personnes âgées s’est nettement amélioré, les moyens humains restent insuffisants dans les maisons de retraite comme dans les services à domicile."



  • Nathalie VITEAU, Présidente de la FNADEPA du Var
    Association du Var de Directeurs d'Etablissements et Services pour Personnes Agées


    "Travailler en maison de retraite ne peut pas être alimentaire. Il faut de l'engagement, de l'éthique"
  • Nathalie Viteau "Oui, on manque de moyens. Et très franchement, les mesures prises jusqu'à maintenant pour mieux accompagner les personnes âgées restent insuffisantes. Mais on ne s'est pas réveillé au début du mois de novembre pour prendre en compte ce qu'on appelle la vague grise. A savoir le vieillissement de la population ».

    Loin de vouloir polémiquer avec l'AD-PA, Nathalie Viteau, Présidente de la FNADEPA du Var, ne nie pas le problème du vieillissement en France et de sa prise en charge, mais elle se veut résolument optimiste.

    Nathalie Viteau « Petit à petit les choses ont bien évolué. On a dans le département du Var de belles structures d'accueil. Il y a une vingtaine d'années, les maisons de retraite étaient des hospices où les personnes âgées se retrouvaient à 4 ou 6 par chambre. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les chambres n'ont plus qu'un lit et sont équipées d'une salle de bain. On a donné une dimension humaine à nos établissements ».

    Des personnels mieux formés
    Et les structures ne sont pas les seules à avoir été améliorées. Le personnel aussi a progressé.

    Nathalie Viteau « On a du personnel plus qualifié. Auxiliaire de vie est insuffisant désormais pour travailler en EHPAD. Et on continue à former nos salariés. Notamment sur les soins palliatifs, Alzheimer, la douleur, les thérapies non médicamenteuses... en gardant toujours à l'esprit le respect de la dignité »

    Alors bien sûr, on pourrait faire encore mieux.

    Nathalie Viteau « Atteindre un taux d'encadrement de 0,7 (contre 0,56 actuellement) ce serait super. Quand l'Agence régionale de santé m'accorde 1,75 poste supplémentaire d'aide soignant, alors que j'en ai demandé 3 c'est frustrant, mais je me débrouillerai. La frustration existe aussi chez les agents qui, à l'heure des repas, ne peuvent pas passer assez de temps avec chaque résident pour les faire manger correctement. Mais il faut garder la tête froide : on peut être fier de travailler en maison de retraite. »

    Quant à la question de la maltraitance?

    Nathalie Viteau « Les vrais cas, extrêmement rares, sont dénoncés immédiatement en conseil de la vie sociale auquel siègent les résidents et leur famille. Le personnel coupable est licencié et un signalement est fait à l'ARS.
    On fait très attention à nos recrutements. Travailler en maison de retraite ne peut pas être alimentaire. Il faut de l'engagement, de l'éthique ».

  • Elisabeth ARTU, Présidente du CRERA
    Comité de Réflexion Ethique et de Reconnaissance des Aînés


    « Le droit au choix et le droit au risque pour les Aînés »
  • Créé dans le Var il y a tout juste 5 ans, le Comité de Réflexion Ethique et de Reconnaissance des Aînés - CRERA - est bien conscient du manque de moyens dont souffrent non seulement les EHPAD, mais aussi les struc­ tures de soins à domicile. Et en cinq ans les choses ne se sont guère améliorées.

    Elisabeth Artu «C'est même plutôt l'inverse. C'est un fait, le temps passé auprès des personnes âgées se réduit faute de bras. En moyenne, on peut dire qu'un personnel soignant s'occupe de 1O à 20 personnes.»
    Lucides, les professionnels du secteur, dont certains font partie du conseil d'administration du CRERA, font le même constat.
    Elisabeth Artu «J'ai entendu nombre de directeurs me dire : je n'y arrive plus. Je ne suis pas satisfait du service rendu aux personnes âgées. Ce n'est pas comme ça que je voyais les choses »

    Cette dernière se refuse néanmoins à parler de maltraitance, fut-elle institutionnelle. Loin de vouloir stigmatiser les établissements, le CRERA s'est donné pour mission d'accompagner les professionnels du secteur.

    Elisabeth Artu «On souhaite les amener dans leur pratique à réfléchir différemment. La loi ne doit pas être le moteur de leurs décisions. Ils ne doivent pas s'abriter derrière la loi, mais privilégier le droit au respect de la personne.»

    Difficultés de recrutement à prévoir
    Elisabeth Artu "Il faut mettre en avant les directives anticipées qui ne sont pas valables que pour la mort, mais concernent aussi la façon dont les gens souhaitent vieillir. Les personnes souhaitent rester à domicile le plus longtemps possible . Mais si elles doivent entrer dans un EHPAD, elles soouhaitent pouvoir faire entendre leur voix. Que ce soit lors de salons pour les seniors ou dans les centres communaux d'action sociale avec qui nous travaillons étroitement, nous prônons le droit au choix et le droit au risque pour les personnes âgées."

    Mais revenons au manque de personnel dans les établissements. Elisabeth Artu «Il y a une certaine forme de publicité mensongère de la part des établissements soi-disant médicalisés, je ne comprend pas pourquoi l'Etat ne finance pas des gardes de médecins ou des postes d'infirmiers supplémentaires, ça éviterait bien souvent des hospitalisations non seulement coûteuses mais traumatisantes pour des personnes déjà fragilisées.»

    Mais il y a plus grave encore. Déjà en sous-effectifs, les maisons de retraite risquent d'avoir du mal à recruter à l'avenir.

    Elisabeth Artu «Les personnels de soin sont en souffrance, fatigués. Certains sont victimes de burn-out. Cho­ qués par ce qu'ils voient, certains stagiaires, jeunes diplômés, ne souhaitent pas exercer leur métier, et se reconvertissent directement!»

  • Docteur Yves CARTEAU, médecin coordonnateur
    EHPAD LES GUEULES CASSEES (La Valette)


    « Garder le bien être des résidents au centre des préoccupations »
  • Médecin coordonnateur de l'Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Gueules Cassées à La Valette, le docteur Yves Carteau est "partiellement d'accord" avec l'association des directeurs au service des personnes âgées (PA).

    Docteur Yves Carteau "Effectivement, il y a un manque de personnels, qui peut déboucher sur de la maltraitance. Mais on peut faire mieux avec les moyens qu'on a, notamment en développant un savoir faire et un savoir être. Ce qui est dénoncé par l'AD­PA est vrai, mais ce n'est qu'une partie du problème"

    Avec un ratio d'un résident pour 0,7 salarié, le Docteur Carteau est conscient que la maison de retraite Les Gueules Cassées est dans une situation privilégiée par rapport à nombre d'EHPAD.

    Docteur Yves Carteau "On a plus de personnels que ce que nous accordent les autorités de tutelle (Agence régionale de santé et Conseil général). En terme de personnels soignants, on n'est pas mal. Mais c'est un choix de l'établissement."

    Le choix de garder le bien­être des résidents au centre des préoccupations !

    Docteur Yves Carteau "Il convient de savoir si la personne qui entre dans un EHPAD a tiré un trait sur ses habitudes ou si, au contraire, l'établissement doit s'adapter aux habitudes du nouveau résident."

    Docteur Yves Carteau "Un exemple : Aux Gueules Cassées, on ne réveille pas tout le monde à 7hOO du matin pour le petit-déjeuner. Dans la mesure du possible, on respecte le rythme de vie de chaque personne. De la même façon, on a banni toute forme de contention. Nous n'utilisons aucune sangle, aucune barrière de lit. Il est dramatique de vouloir protéger quelqu'un d'un risque hypothétique en lui supprimant sa liberté. C'est une solution de facilité, la réponse doit rester humaine.."

    Encore une fois, le manque de moyens humains est une réalité dans nombre d'établissements.

    Bertrand Maurel, Directeur de l'établissement "même s'il existe des seuils en deçà desquels on ne peut pas aller, il faut avant tout que le personnel aime son métier. On s'occupe d'humains. On accompagne nos résidents sur le long terme. On est obligé de développer du relationnel. Ici, contrairement à l'hôpital, on ne s'occupe pas de la chambre 217, mais de M Untel. Il faut faire attention de ne pas tomber dans le patient objet. Quel que soit leur niveau de dépendance, les résidents ont les mêmes droits au respect de la personnalité. Sinon, ça devient de l'abattage. »